Université Bouddhique Européenne

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"
Introduction au Bouddhisme"
 


Textes complémentaires

Les textes complémentaires qui vous seront proposés dans cette page
sont issus de sites Internet que vous pourrez consulter pour compléter votre information,
ou encore d'ouvrages épuisés ou difficilement accessibles.
 

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    Texte 1 : extrait du Mahâsaccaka-sutta (récit de la vie du bodhisatta Sâkyamuni)
    Texte 2 : extrait du Dîpankara-buddha-vamsa ("Chronique du Buddha Dîpankara")
    Texte 3 : divers textes présentant la pratique des Brahmâ-vihâra (Quatre Demeures Sublimes)
    Texte 4 : Mahâ-satipatthâna-sutta, le "Grand discours sur l'établissement de l'attention" 

 

 

      Texte complémentaire 3

      Nous vous proposons ci-dessous plusieurs textes évoquant la pratique des Brahmâ-vihâra, les "Quatre Demeures de Brahmâ" (amour bienveillant, compassion, joie sympathique et équanimité), telles qu'elles sont proposées dans la tradition du Theravâda, s'appuyant sur les sutta pâli.

      1er texte : présentation générale, par Nyanaponika Mahâthera, bhikkhu contemporain
      2e texte : extrait d'un sutta du Digha Nikâya présentant la pratique
      3e texte : extraits du Visuddhimagga ("Le Chemin de Purification") de Buddhaghosa (Ve siècle de notre ère)
      4e texte : présentation contemporaine de la pratique
       

 


 

 

    LES QUATRE ETATS SUBLIMES

    Le Bouddha enseigne qu'il existe quatre états sublimes :
    Amour (mettâ),
    Compassion (karunâ),
    Sympathie joyeuse (muditâ),
    Equanimité (upekkhâ).

    En pâli, ces quatre états sont connus sous le nom de brahmâ-vihâra. Ce terme peut être rendu par : état excellent, élevé ou sublime de l'esprit ou, autre­ment dit, demeure de Brahmâ, demeure d'un Dieu, demeure divine.
    Ils sont dits excellents ou sublimes parce qu'ils sont la voie droite ou idéale que doivent suivre les êtres vivants (sattesu sammâ patipatti). Ces quatre attitudes de l'esprit fournissent en fait une réponse à toutes les situations qui apparaissent dans les rap­ports sociaux ; ils sont les grands agents qui peuvent supprimer la tension, les grands pacifiants dans les conflits sociaux, ceux qui guérissent des blessures reçues dans la lutte pour l'existence ; ils suppriment les barrières sociales, ils sont les constructeurs de communautés harmonieuses, les révélateurs d'une magnanimité longtemps oubliée, les ferments de joie et d'espoir longtemps abandonnés, les promoteurs de la fraternité humaine contre les forces de l'égoïsme. Ils sont incompatibles avec un esprit haineux, et en cela ils sont apparentés à Brahmâ, qui est dit sans haine, et par là offre un contraste bienfaisant avec beaucoup d'autres conceptions de Divinités, tant en Orient qu'en Occident, Divinités qui, selon leurs ado­rateurs, manifestent de la colère, un esprit de ven­geance, de la jalousie et « une juste indignation ». On dit que celui qui développe assidûment ces quatre Etats sublimes, dans sa conduite et par la méditation, devient égal à Brahmâ (brahmâ-samo) ; et, si c'est la tournure dominante de son esprit, il renaîtra dans un des mondes apparentés à ceux de Brahmâ. C'est pourquoi ces états sont appelés « semblables à Dieu, semblables à Brahmâ ».
    Ils sont appelés demeures (vihâra) parce qu'ils deviendront la demeure durable où nos esprits trou­veront leur lieu de résidence permanente ; ils ne seront pas de simples lieux de passage pour des visites rares et courtes et qui sont vite oubliées. En d'autres termes, ils empliront totalement notre esprit. Ils seront les compagnons inséparables de notre vie, et nous y serons attentifs dans toutes nos activités ordinaires, pour autant que celles-ci soient en rapport avec ces quatre attitudes mentales. Comme le chante le Mettâ Sutta, le « Chant de l'amour » :

    Qu'il soit debout, marchant, assis, couché,
    Quand il se sent libéré de fatigue,
    Qu'il maintienne bien cette attention.
    Telle, est-il dit, est la Demeure divine.

    Ces quatre états (amour, compassion, sympathie joyeuse et équanimité) sont aussi connus sous le nom d'états non limitables (appamanna) parce que, dans leur perfection et leur vraie nature, ils ne peuvent être restreints, par quelque limite que ce soit, aux êtres auxquels ils sont adressés. Ils doivent être sans exclusivité ni partialité, ils ne doivent être liés à aucun choix préférentiel, ni à aucun préjugé. Un esprit qui a atteint à ces brahmâ-vihâras n'éprouvera aucune haine nationale, raciale, religieuse ou de classe. Ce n'est pas par un simple effort de volonté que ces quatre qualités deviendront une attitude mentale naturelle qui permette d'éviter constamment toute partialité, même limitée.
    Pour parvenir à les appliquer, il faudra le plus souvent utiliser ces quatre qualités, non seulement comme principes de conduite et comme objets de réflexion, mais comme objets de méditation méthodique. Cette méditation est appelée brahmâ-vihâra bhâvanâ, « la méditation qui fait apparaître les états sublimes ». Son but pratique est de nous amener, avec l'aide de ces états sublimes, à ces hauts degrés de concentration mentale appelés jhâna [en sanskrit : dhyâna] ou « absorption méditative ». Les méditations d'amour, compassion, sympathie joyeuse peuvent chacune produire la première des trois absorptions ; la méditation sur l'équanimité est le facteur le plus remarquable (jhâna­anga).
    En général, c'est seulement la pratique persévérante de la méditation qui conduit à un double succès final : premièrement en enfonçant profondément dans le coeur ces quatre qualités, afin qu'elles y deviennent des attitudes spontanées qui ne peuvent plus être abandonnées facilement ; secondement en confirmant leur nature illimitable et en développant leur universalité.

    Les instructions détaillées données dans les Ecritures bouddhiques pour la pratique de ces quatre méditations ont clairement pour but de développer graduellement ces états sublimes non limitables. Toutes les barrières qui restreignaient leur application à des individus ou lieux sélectionnés sont systématiquement abattues.
    Dans les exercices de méditation, le choix des personnes vers qui la pensée d'amour est dirigée va du plus facile au plus difficile. Par exemple, quand on médite sur l'amour, on commence par une aspiration pour son propre bien-être, et on l'utilise comme point de départ pour une extension graduelle : « De même que je veux être heureux et sans souffrance... puissent tous les êtres être heureux et sans souffrance ! » Ensuite on étend la pensée d'amour à une personne que l'on aime respectueusement, comme par exemple un maître ; ensuite à des personnes chères, à des personnes indifférentes, et finalement à des ennemis (s'il yen a) ou à ceux que l'on n'aime pas. On ne doit pas choisir pour cela des personnes mortes ni d'un sexe différent. Après que l'on a mené à bien la tâche plus difficile qui consiste à diriger ses pensées d'amour vers des personnes que l'on n'aime pas, on doit maintenant « abattre les barrières » (simâ-sambheda) entre ces quatre types de personnes, sans plus faire de discrimination, et étendre cet amour à tous également. A ce point de la pratique, on atteint les plus hauts stades de la concentration : avec l'apparition de l'image-réflexe (patibhâga-namitta), l'accès de la concentration (upacâra-samâdhi) est atteint, et les progrès qui suivront conduisent à la pleine concen­tration (appanâ) de la première absorption, et ainsi de suite.
    Quant à l'expansion spatiale, la pratique commence avec l'entourage immédiat (famille, etc.), puis s'étend aux maisons voisines, à la rue entière, à la ville, à la
    province, au pays, etc. Ou encore, dans cette diffusion vers toutes les directions (disa-pharana), la pensée d'amour est dirigée d'abord à l'est, ensuite à l'ouest, au nord, au sud, aux directions intermédiaires, au zénith et au nadir.
    Les mêmes principes s'appliquent au développement de la méditation de compassion, de sympathie joyeuse et d'équanimité, avec un choix bien sélectionné des personnes. Nous en indiquerons plus loin les détails pratiques. Le but ultime de ces brahmâ­vihâra est de produire un état d'esprit qui peut servir de base ferme à la vie intérieure libératrice (vipassanâ) vue dans la vraie nature de tous les phéno­mènes, qui sont impermanents, sujets à la souffrance et insubstantiels. Un esprit qui a atteint l'absorption méditative par les états sublimes sera pur, tranquille, stable, recueilli et libre d'égoïsme grossier ; il sera ainsi préparé au travail final de délivrance, que seule peut compléter la vision intérieure.

    Venons-en maintenant à des considérations particulières sur la signification des états sublimes eux-mêmes.
    Les remarques précédentes auront montré qu'il y a deux façons de parvenir aux états sublimes : par une conduite pratique et une orientation appropriées de la pensée, et secondement par une méditation méthodique sur les absorptions. On verra que les deux se viennent en aide mutuellement.
    Comme nous l'avons mentionné, la pratique méthodique de la méditation aidera à rendre spontanés l'amour, la compassion, la joie et l'équanimité, et les réactions aux situations qui peuvent se présenter dans la vie ; elle y aidera en rendant l'esprit beaucoup plus ferme et calme pour résister aux nombreuses irritations de la vie qui rendent si difficile le maintien de ces qualités en pensées, en paroles et en actions. D'autre part, si notre conduite pratique est sans cesse gouvernée par ces états sublimes, l'esprit abritera moins le ressentiment, les tensions et l'irritabilité ; leur reflet s'introduit souvent très subtilement, même dans les heures de méditation, et y forme « l'empêchement par agitation » (uddhacca-nîvarana). La vie et la pensée quotidiennes ont sur l'esprit méditant une très forte influence, et ce n'est que si la distance qui existe entre eux se réduit petit à petit qu'il peut y avoir une chance de progrès dans la méditation et d'accès au but le plus haut que procure cette méditation.
    Ainsi la réflexion répétée sur les états sublimes, les bénédictions qu'ils apportent et les dangers qu'ils écartent fourniront aide et succès dans la méditation et dans le développement des états sublimes eux-mêmes. « Ce sur quoi une personne étudie et réfléchit pendant longtemps, son esprit y est tourné et enclin. »




 

    QUE TOUS LES ÊTRES SOIENT HEUREUX !

    « Là, ô moines, un disciple demeure en diffusant dans une direction un coeur rempli d'amour, et pareillement dans la deuxième, dans la troisième et dans la quatrième direction, au-dessus, au-dessous et alentour ; il demeure diffusant sur le monde entier, partout et également, un coeur rempli d'amour, abondant, croissant, sans mesure, libre d'inimitié et libre de peine.

    « Là, ô moines, un disciple demeure diffusant dans une direction un coeur rempli de compassion, et pareillement dans la deuxième, dans la troisième et dans la quatrième direction ; au-dessus, au-dessous et alentour ; il demeure diffusant sur le monde entier, partout et également, un coeur rempli de compassion, abondant, croissant, sans mesure, libre d'inimitié et libre de peine.

    « Là, ô moines, un disciple demeure diffusant dans une direction un coeur rempli de sympathie joyeuse, et pareillement dans la deuxième, dans la troisième et dans la quatrième direction ; au-dessus, au-dessous et alentour ; il demeure diffusant sur le monde entier, partout et également, un coeur rempli de sympathie joyeuse, abondant, croissant sans mesure, libre d'inimitié et de peine.

    « Là, ô moines, un disciple demeure diffusant dans une direction un coeur rempli d'équanimité, et pareillement dans la deuxième, dans la troisième et dans la quatrième direction ; au-dessus, au-dessous, et alentour ; il demeure diffusant sur le monde entier, partout et également, un coeur rempli d'équanimité, abondant, croissant, sans mesure, libre d'inimitié et de peine. »




 

    EXTRAITS DU "VISUDDHIMAGGA"

    1. l'Amour bienveillant (mettâ)
    2. la Compassion (karuna)
    3. la Sympathie joyeuse (muditâ)
    4. l'Equanimité (uppekhâ)
     

    1. l'Amour bienveillant (mettâ)

    « Amour sans désir de posséder, en sachant bien que dans le sens ultime il n'y a ni possession ni possesseur - tel est l'amour le plus haut.
    « Amour sans dire ni penser « je », sachant bien que ce qui est appelé « je » est une pure illusion.
    « Amour sans choisir ni exclure, en sachant bien qu'autrement on crée les opposés : dégoût, aversion, haine.
    « Amour embrassant tous les êtres : petits et grands, lointains et proches, qu'ils soient sur terre, dans l'eau ou dans les airs.
    « Amour embrassant impartialement tous les êtres sensibles, et pas seulement ceux qui sont utiles, plaisants ou qui nous amusent.
    « Amour embrassant tous les êtres, que ce soient de nobles esprits ou de bas esprits, bons ou mauvais. Le noble et le bon sont embrassés parce que l'amour va spontanément à eux. Les esprits bas et mauvais sont aussi inclus parce qu'ils ont davantage besoin d'amour. En beaucoup d'entre eux la semence du bien peut être morte simplement parce qu'on a manqué de chaleur pour la faire croître et qu'elle est morte de froid dans un monde sans amour .
    « Amour embrassant tous les êtres, en sachant bien que nous sommes tous des compagnons de voyage dans cette ronde des existences - que nous sommes tous soumis à la même Loi de Souffrance.
    « Amour, mais pas dans le sens du feu qui brûle et torture, qui inflige plus de blessures qu'il n'en soigne, qui un moment s'enflamme et s'éteint le moment d'après, laissant plus de froid et de solitude qu'il n'y en avait auparavant.
    « Mais plutôt un Amour qui tend une main douce et ferme aux êtres qui souffrent, toujours avec la même sympathie, sans changement, sans s'inquiéter de la réponse qui lui est faite. Amour qui apporte la fraîcheur à celui que brûle le feu de la souffrance et de la passion ; c'est la vie dispensatrice de chaleur à ceux qui sont abandonnés dans le froid désert de la solitude, à ceux qui tremblent dans la glace d'un monde sans amour, à ceux dont le coeur est devenu vide et sec parce que dans le plus profond désespoir leur appel à l'aide n'a pas été entendu.
    « Amour qui est la sublime noblesse du coeur et de l'intelligence, qui sait, comprend et est prêt à aider .
    « Amour qui est fort et donne la force, c'est l'amour le plus haut.
    « Amour que l'Illuminé a appelé « la libération du coeur», « la plus sublime beauté » ; c'est l'amour le plus haut.
    « Et quelle est la plus haute manifestation de l'Amour ?
    « Montrer au monde le Sentier qui conduit à la fin de la souffrance, le sentier qu'a montré, suivi et réalisé à la perfection le Seigneur, le Bouddha. »
     

    2. la Compassion (karunâ)

    « Le monde souffre, mais la plupart des hommes ont les yeux et les oreilles fermés. Ils ne voient pas l'intarissable courant de larmes qui va tout au long de la vie, ils n'entendent pas le cri de détresse qui traverse conti­nuellement le monde. Leur petite peine personnelle ou leur joie leur ferme les yeux et les oreilles. Lié par l'égoïsme, leur coeur demeure raide et étroit. Leur coeur étant raide et étroit, comment pourraient-ils lutter pour un but plus élevé, pour réaliser ce qui seulement délivre du désir égoïste et qui peut les libérer de leur propre souffrance ?
    « C'est la compassion qui soulève la lourde barre, qui ouvre la porte de la Liberté, qui rend le coeur étroit vaste comme le monde. La compassion fait disparaître ce poids inerte et lourd, paralysant ; elle donne des ailes à ceux qui s'attachaient aux régions inférieures du moi.
    « Par la compassion, le fait de la souffrance demeure vivement présent à notre esprit, même quand nous sommes libre d'elle pendant un moment. Elle nous donne une riche expérience de la souffrance, nous rend plus forts et nous prépare à la recevoir si elle tombe sur nous.
    « La compassion nous réconcilie avec notre destinée en nous montrant la vie des autres, qui est souvent plus dure que la nôtre.
    « Contemple le défilé sans fin des êtres, hommes et bêtes, qui ploient sous le fardeau du chagrin et de la peine ! Le fardeau de chacun d'eux, nous l'avons aussi porté dans les temps passés, durant l'insondable répétition des naissances successives. Contemple-les et ouvre ton coeur à la compassion !
    « Et cette souffrance peut bien à nouveau être notre lot ! Celui qui est maintenant sans compassion devra un jour la solliciter d'autrui. Si la sympathie pour autrui nous manque, il faudra l'acquérir par une longue et pénible expérience personnelle. C'est la grande loi de la vie. Le sachant, surveille ton coeur ! « Les êtres enfoncés dans l'ignorance, perdus par l'illusion, se hâtent d'un état de souffrance à un autre, sans en connaître la cause réelle, sans savoir s'en échapper. Cette vision intérieure de la Loi générale de la Souffrance, et non d'un fait isolé de souffrance, est le fondement réel de notre compassion.
    « Notre compassion peut donc embrasser ceux qui en ce moment sont heureux, mais agissent avec un esprit mauvais et abusé. Dans leur action présente, nous prévoyons leur futur état de détresse, et la compassion apparaît.
    « La compassion du sage ne le rend pas victime de la souffrance. Ses pensées, ses paroles et ses actions sont pleines de pitié, mais son coeur ne varie pas, il demeure inchangé, serein et ferme. Autrement comment pourrait-il aider ?
    « Puisse cette compassion se lever dans notre coeur ; cette compassion qui est la noblesse sublime du coeur et de l'intelligence, qui sait, comprend et est prête à l'aider !
    « La compassion qui est forte et donne la force, c'est la plus haute compassion.
    « Et quelle est la plus haute manifestation de la compassion ?
    « C'est montrer au monde le Sentier qui mène à la fin de la souffrance, le Sentier qu'a montré, suivi et réalisé à la perfection le Seigneur, le Bouddha. »
     

    3. la Sympathie joyeuse (muditâ)

    « Non seulement la compassion, mais aussi partager la joie d'autrui ouvre votre coeur.
    « Petite en vérité est la part de bonheur dévolue aux êtres ! Quand ce petit peu de bonheur arrive aux êtres, alors vous pouvez vous réjouir avec eux ; au moins un rayon de joie a percé dans les ténèbres de leur vie, et dissipé la grise et sombre brume qui enve­loppe leur coeur.
    « Votre vie gagnera en joie si vous partagez le bonheur d'autrui comme s'il était le vôtre. N'avez­vous jamais observé comme dans les moments de bonheur les traits des hommes changent et deviennent rayonnants de joie ? N'avez-vous jamais remarqué combien la joie élève les hommes vers les nobles aspirations et les nobles actions, et leur fait dépasser leurs capacités normales ? Est-ce qu'une telle expérience ne remplit pas votre coeur de bonheur ?
    Il est en votre pouvoir d'accroître une telle expérience de sympathie joyeuse, en faisant naître le bonheur chez les autres, en leur apportant joie et consolation.
    « Enseignons aux hommes la joie réelle ! Beaucoup l'ont désapprise. La vie, si pleine de misère soit-elle, a aussi des sources de bonheur et de joie, inconnues à la plupart. Enseignons aux hommes à chercher et à trouver la joie réelle en eux-mêmes et à se réjouir de la joie d'autrui ! Enseignons-leur à étendre leur joie jusqu'aux hauteurs les plus sublimes !
    « La noble et sublime joie n'est pas étrangère à l'enseignement de l'Illuminé. A tort, on accuse parfois l'enseignement du Bouddha d'engendrer la mélancolie. Loin de là : le dhamma conduit pas à pas à un bonheur toujours plus pur et plus haut.
    « La noble et sublime joie est une aide sur le sentier de l'extinction de la souffrance. Ce n'est pas celui qui est déprimé par le chagrin, mais celui qui possède la joie qui peut trouver ce calme serein conduisant à un état d'esprit contemplatif. Et seulement un esprit serein et recueilli est capable de gagner la sagesse libératrice.
    « Plus sublime et noble est la joie des autres, plus justifiée sera notre sympathie joyeuse. Une telle cause de joie est une noble vie, elle assure aux autres le bonheur ici et dans les vies à venir. Une raison encore plus noble pour nous réjouir avec eux est leur foi dans le dhamma, leur compréhension du dhamma, leur fidélité au dhamma, Efforçons-nous de devenir nous-même toujours plus capable de les y aider!
    « La sympathie joyeuse est la noblesse sublime du coeur et de l'intelligence, qui sait, comprend et est prête à aider.
    « La sympathie joyeuse qui est forte et donne la force, c'est la joie la plus haute.
    « Et quelle est la plus haute manifestation de la sympathie joyeuse ?
    « C'est montrer au monde le Sentier conduisant à la fin de la souffrance, le Sentier qu'a montré, suivi et réalisé à la perfection le Seigneur, le Bouddha. »
     

    4. l'Equanimité (upekkhâ)

    « L'équanimité est un équilibre parfait et inébranlable de l'esprit qui prend racine dans la vision intérieure.
    « Considérant le monde autour de nous et en nous, dans notre coeur nous voyons clairement combien il est difficile d'atteindre cet équilibre d'esprit et de le maintenir.
    « Considérant la vie en elle-même, nous observons sa nature changeante, qui se meut continuellement dans des contrastes. Nous observons apparition et chute, succès et insuccès, perte et gain ; nous trouvons l'honneur et le blâme et nous sentons combien notre coeur est sensible à tout ce qui est bonheur et peine, délice et désespoir, désappointement et satisfaction, espoir et peur. Ces vagues d'émotion nous transportent ou nous abattent ; et, après un moment de repos, une nouvelle vague nous pousse. Comment pouvons-nous avoir pied sur la crête des vagues ? Comment pouvons­nous ériger l'édifice de notre vie au milieu de cet océan sans repos de l'existence, si ce n'est dans l'île de l'équanimité ?
    « Un monde dans lequel une petite part de bonheur est dévolue aux êtres après beaucoup de désappointements, d'insuccès et de défaites.
    « Un monde où seul le courage permet de repartir toujours à nouveau et nous promet le succès.
    « Un monde où une joie distribuée avec parcimonie croît au milieu de la maladie, de la séparation et de la mort.
    « Un monde où les êtres qui étaient il y a un instant l'objet de notre sympathie joyeuse ont maintenant besoin de notre compassion.
    « Un tel monde a besoin d'équanimité.
    « Mais la sorte d'équanimité requise doit s'appuyer sur une présence d'esprit vigilante, et non sur une mollesse indifférente. Elle doit être le résultat d'un entraînement ardu et délibéré, et non l'expression d'une humeur passagère. L'équanimité ne répondrait pas à son nom si elle devait être le produit d'un exercice toujours nouveau, car ainsi elle s'affaiblirait certainement et finirait par être vaincue par les vicissitudes de la vie. L'équanimité vraie doit être capable de faire face à toutes les épreuves les plus sévères et de se régénérer aux sources intérieures ; or elle possédera ce pouvoir de résistance et de renouvellement seulement si elle a ses racines dans la vision intérieure. « Quelle est maintenant la nature de cette vision intérieure?
    « C'est la claire compréhension de l'origine de toutes les vicissitudes de la vie et de la vraie nature de ce qu'on appelle l'individu.»




 

    DIFFERENTES PRATIQUES DES "DEMEURES SUBLIMES"

    La présentation qui suit détaille trois pratiques de Mettâ (courte formule, longue formule et bhâvanâ proprement dit). Les mêmes méthodes peuvent être appliquées pour chaque autre « demeure » (Muditâ, Uppekhâ et Karuna), qui sont présentées succinctement à la suite.

    METTÂ

    1. Courte formule de Mettâ

    Il est bon de pratiquer d'abord des respirations longues et courtes, dix fois pour chaque catégorie, en expirant et aspirant lentement et avec conscience. Les salutations au Bouddha, Dhamma et Sangha, peuvent être récitées d'abord. Lorsque les respirations sont redevenues normales, selon un rythme naturel pour le pratiquant, on doit mentalement se dire, dans un sentiment de bienveillance :

    " Puissé-je être heureux,
    Garder mon bonheur,
    Et vivre sans inimitié.
    Puissent tous les êtres animés
    Grands ou petits,
    Forts ou faibles,
    Près ou loin,
    Visibles ou invisibles, vivre heureux,
    Et vivre sans inimitié."

    Il faut arriver à se sentir rempli de bienveillance, ne pouvoir concevoir une autre idée que bienveil­lance pour tous, autour de tous, en tous. On doit avoir le coeur rempli de cette idée, et baigné de bienveillance jusqu'à ce qu'on ne soit conscient que de cette pensée d'amour, on imagine que l'on est péné­tré d'amour bienveillant, saturé d'amour, absorbé dans l'amour.

    2. Longue formule de Mettâ

    Avant de commencer à employer la formule lon­gue pour méditer Mettâ, choisir trois personnes vers lesquelles on envoie des pensées de bienveillance :
    1. Un être qui vous est très cher (mais cela ne doit pas être quelqu'un qu'on aime avec passion, ni un mort).
    2. Un être pour lequel vous ne sentez que de l'indifférence.
    3. Un être qui est hostile ou un ennemi.
    Ayant choisi les personnes et accompli les respirations habituelles recommandées, on se remplit de bienveillantes pensées pour soi-même.

    Commencer la méditation ainsi, par les quatre personnes :
    A. Soi-même
    Se dire :
    « Puissé-je être heureux,
    Garder mon bonheur,
    Et vivre sans inimitié.
    Je suis rempli d'une pensée d'amour bienveillant. »
    B.
    L'être cher
    « J'envoie des pensées d'amour à... (l'être cher)
    Puisse-t-il (ou elle) être heureux,
    Garder son bonheur, vivre sans inimitié. »
    Continuer à entourer et à baigner cette personne de pensées d'amour bienveillant.
    C. L'être indifférent
    « J'envoie des pensées de bienveillant amour à. (personne ordinairement indifférente)
    Puisse-t-il être heureux,
    Garder son bonheur vivre sans inimitié. »
    Continuer à entourer et à baigner cette personne de pensées bienveillantes.
    D. L'être hostile.
    « Telle personne m'a été hostile, inamicale,
    Puissé-je me libérer de toute inimitié envers elle.
    Je ne lui veux aucun mal.
    Puisse-t-il (ou elle) être libre de souffrance et libéré d'inimitié.
    Puisse-t-il être heureux et garder son bonheur »
    Ignorer les poussées de sentiments hostiles qui surgiront, les écarter en répétant :
    « Je ne suis que bienveillance, bienveillance, bienveillance. »
    Si les pensées hostiles persistent, penser aux bonnes qualités de cet être, qu'il se fait du mal en agissant avec hostilité ; penser « compassion », et reprendre Mettâ.
    Synthèse
    Il faut maintenant tâcher d'envelopper dans une même et seule pensée d'amour bienveillant : soi-même, l'être aimé, l'être indifférent et l'être hostile.
    Essayer de les confondre dans une pensée d'amour, dans votre imagination, comme au cinéma faire paraître et disparaître rapidement l'image de l'un pour faire place à l'image de l'autre.
    Il faut arriver à ne plus faire de distinction entre soi-même et autrui, car on n'est plus qu'une pensée de bienveillance. Quand les barrières de la person­nalité sont abattues, la méditation a atteint son but.
    Elargir le champ de la méditation.
    Ne pas oublier d'englober tout ce qui vit, pas seulement l'homme, dans une pensée d'amour bienveillant.

    3. Mettâ bhâvanâ
    Le développement - ou déploiement - de l'amour universel.

    Envoyer une pensée d'amour
    - à l'endroit qu'on habite,
    - la maison, la ville,
    - le département, les pays entier,
    - le continent où il est situé.
    Laisser la pensée pleine de bienveillance par­courir ces divisions, en déversant sur elles une pensée d'amour, comme on le ferait sur un être aimé.
    La méditation peut être arrêtée ici pour ne pas fatiguer un débutant. Celui qui est plus entraîné doit continuer par la méditation « par quartiers » puis à « l'univers tout entier ». 

    Par quartiers
    Imaginer l emonde divisé en quatre quartiers : est, ouest, nord et sud.
    Envisager à tour de rôle chaque quartier comme vous étant cher. Déverser une pensée de bienveillance sur chaque quartier comme sur un être qui vous est cher. Imaginer, si cela facilite votre effort, un être cher parmi les gens de ces quartiers. Imaginer que vous êtes parmi eux.
    Se dire :
    « Que tous les êtres dans l'Est,
    Que tous les êtres dans l'Ouest.,
    Que tous les êtres dans le Nord,
    Que tous les êtres dans le Sud,
    Soient heureux, gardent leur bonheur,
    Puissent-ils vivre sans inimitié. »
    La pensée, comme un effluve de bienveillance, doit couvrir chaque quartier - et les quatre quartiers intermédiaires (par sections - en croix), le zénith et le nadir.
    Elargir toujours le champ de méditation.

    L'univers tout entier
    Laisser votre pensée chargée de bienveillance encercler le globe, diffusant partout des pensées d'amour. Tournant autour du globe, « comme un cheval tourne autour d'un cirque ».
    Envelopper l'Univers entier d'une pensée d'amour bienveillant, diriger cette pensée en haut, en bas, à travers, tout autour.
    Ne penser que bienveillance.
    Faire les respirations courtes et longues (comme au début) et sortir de la méditation en récitant les trois Salutations (Hommage au Bouddha, Dharma, Sangha).
    En dehors de la méditation, se rappeler ce que l'on a ressenti et pensé pendant cette méditation. En méditant, on doit obtenir une tranquillité mentale qu'il faut chercher à garder. Recommencer chaque fois qu'une distraction a rompu le cours de la pensée ou troublé le calme.
    A un moment donné, on sentira un étrange conten­tement, et de ceci une espèce de joie naîtra, le corps et le mental étant pénétrés de cette joie seront tranquillisés et baignés d'une sensation de bien­être.
    Cette joie, née du détachement, quand il n'y a plus de désir ni de mauvaise pensée, doit imprégner tout l'être, la pensée deviendra alors étonnamment claire et active. Ce sont les caractéristiques du premier jhâna.

    MUDITÂ
    La Sympathie Joyeuse

    La sympathie pour le bonheur des autres peut se méditer selon la même formule que celle employée pour Mettâ. Cette méditation libère le coeur de l'envie, de la jalousie, et fait naître le contentement. On doit ressentir la joie pour le bonheur d'autrui, autant que si un joyeux événement avait eu lieu pour soi­même. Il y a toujours de la joie, du bonheur quelque part dans le monde ; se réjouir de cela avec tous les êtres heureux.
    Commencer par apprécier ce qu'il y a de bonheur dans votre propre vie, dans la vie d'un être cher, dans la vie d'un être indifférent, dans la vie de votre adversaire, se réjouir de ce bien-être et de ce bonheur.
    Si l'image de l'adversaire éveille l'envie ou la jalousie dans votre coeur, réfléchir qu'il peut devenir malheureux, que toute joie est passagère, qu'il est encore dominé par l'ignorance ; éveiller ainsi la compassion, cette pensée chassera l'envie.
    Confondre ces quatre êtres - vous-même et les autres - dans la même pensée de joie sympathique. Diviser le globe en quartiers, imaginer un être heureux dans tel quartier, tel continent, continuer à déverser partout votre pensée de Sympathie joyeuse.
    Sortir de la méditation par les respirations courtes et longues et
    les trois salutations.

    UPEKKHA
    La Sérénité (ou Equanimité)

    Désirer pour soi-même et les autres la Sérénité, indifférente à la peine comme à la joie, puisque toutes les deux sont impermanentes.
    La sérénité est un avant-goût de la paix du Nirvâna que certains peuvent atteindre ici même, Penser que la sérénité est établie dans votre coeur, que vous êtes pénétré, saturé de sérénité, absorbé dans la sérénité.
    Souhaiter la sérénité à un être cher, le voir baigner de sérénité.
    Envisager aussi un être indifférent, puis un adversaire, baignés de sérénité.
    A chaque quartier du globe, envoyer comme à un être que vous aurez entrevu, des pensées de sérénité.
    Continuer à déverser cette pensée sur le globe et ensuite sur l'univers.
    Imaginer la sérénité partout et que l'on n'est que cela : Sérénité.
    Sortir de la méditation par les respirations courtes et longues et
    les trois salutations.

    KARUNA
    La Compassion

    La Compassion Bouddhique n'est pas un attendrissement sentimental. C'est un sentiment calme et raisonné, qui doit être médité d'une façon impersonnelle pour nous libérer des instincts de cruauté. On doit se rendre compte que tout être désire le bonheur et que chacun a sa part de souffrance, tant qu'il est lié à la vie phénoménale. On doit désirer pour autrui, autant qu'on le désire pour soi-même, la libération de la souffrance.
    On doit comprendre que la souffrance est toujours le résultat de l'ignorance (sous une forme ou une autre) dans la vie présente ou passée.
    Tous ceux qui sont liés à des existences éphémères, tous ceux qui n'ont pas encore connu ou recherché la Paix du Nirvâna (état au-delà du désir), que la connaissance suprême peut nous procurer (même dans une vie terrestre), ont leur part de douleur physique ou morale. Il ne faut pas s'at­trister, ni se lamenter, mais rechercher la lumière pour soi et les autres, ressentir une immense compassion, une tolérance illimitée.
    La compassion mène à la compréhension, bannit l'intolérance, et diminue la cruauté latente en nous...

    Après les salutations et les respirations :
    Commencer par envisager les méfaits de la cruauté.
    Se dire :
    « Je fais cesser une pensée de cruauté dans l'univers. »
    Envisager le bienfait de la compassion qui diminue la souffrance.
    Diviser le monde en quartiers (comme pour Mettâ).
    Envoyer des pensées de compassion à tout être qui souffre dans chaque quartier, comme si on voyait là un malheureux, tombé dans la misère et privé de bien-être physique et moral.
    Se dire :
    « Puisse-t-il échapper à sa mauvaise fortune,
    Puisse-t-il obtenir le bonheur. »
    Penser aussi que celui qui vit dans l'abondance, s'il ne produit que des actions, des paroles, des pensées égoïstes, n'augmente pas le bien dans l'univers et ne se purifie pas, donc il se prépare un avenir malheureux.
    Lui envoyer une pensée de compassion pour son ignorance.
    Penser à la compassion illimitée d'un Bouddha pour le moindre être vivant et à son immense tolérance et sa pitié de l'ignorant.
    Envoyer à soi-même,
    A l'être aimé,
    L'être indifférent,
    L'adversaire,
    des pensées de compassion, avoir pitié de leur ignorance et de leur peine.
    Tâcher de réunir ces quatre personnes dans une unique pensée de compassion, sans faire la moindre distinction entre eux et soi-même. Continuer à déverser la compassion sur les quatre également.
    Se dire :
    « Puisse-t-on échapper à toute souffrance,
    Puisse-t-on être heureux, garder le bonheur vivre sans inimitié. »
    Terminer par la résolution de soulager et diminuer la souffrance autant que possible, et de ne point en créer pour la moindre créature vivante.
    Mais il est bon, pour des personnes très sensibles, que les réflexions sur la souffrance auraient pu troubler, de méditer sur la Sérénité avant de sortir de la méditation.
    Pour terminer la méditation : répéter les respirations courtes et longues puis les trois salutations.
     




 

 

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